Transgascogne – Bilan

La pluie tombe, foutu temps, la neufbox a grillé….merde……J’en étais sur, j’y ai pensé pendant les longues heures de barre et sous l’orage………C’est quoi cette odeur extraterrestre dans mon appart ??!! Ah oui c’est mon linge ! Vite, une lessive….. « Insiste sur les chaussettes » m’a dit Lorraine……..

Dring Dring…….mon téléphone……il était mieux dans le bidon étanche de la direction de course…..

– Oui, M . Bozzolo ?
– Oui !
– Nous avions rendez-vous aujourd’hui à 14h, c’est toujours bon ?
– ah, heu oui il est 9h, je suis sur la route de retour des Sables vers Paris, j’ai fait une  course de bateau plus longue que prévue, je vous ai laissé un message…
– Ah je ne l’ai pas eu, hum…mais nous pouvons compter sur vous au moins ?
– heu……Ok, je fais au mieux !

Fichtre, retour sur terre. Comme vous pouvez le constater, le retour est une claque, presque aussi grosse que la course elle-même. Qu’est-ce que ce sera en 2013 au retour de ma transat ?!

Cette 2e étape fut en effet un long long supplice pour ses skippers, infligée par une trompeuse et jolie brise de Nord-Est, disparaissant de temps en temps pour sa copine la pétole ou son cousin l’orage-de-nuit-qui-fait-peur-

à-l’électronique-et-surtout-aux-skippers-de-Mariole. Et comment fait-on quand l’arrivée est située au Nord-Est ? On tire des bords au prés pas très serré (45-50° du vent). Heureusement, notre fier navire Super-Calin n’est pas le plus mauvais dans cette allure et Matt, l’ancien propriétaire, dit « Le Prof » nous a donné plusieurs cours sur la répartition des poids sur le bateau et l’optimisation notre vitesse dans le petit temps. Ca m’a bien réussi lors du trophée MAP.C’est donc gonflés à bloc, et bien décidés de ne plus faire les bêtises de l’aller que nous abordons cette 2e étape. Ce n’est pas parce que nous savions à peine faire un nœud de chaise et qu’un gennaker n’était encore qu’une grosse bête amazone pour nous il y a 5 mois qu’il est interdit de relever le défi de la compèt. Bien sur, nos objectifs sont clairs, découvrir une monde qui n’est pas encore vraiment le notre, maitriser notre bateau et surtout s’émerveiller de cette chose extraordinaire qu’est la mer, mais Mariole est quand un bateau de course, nomdedieu. Et puis, après une escale aussi extraordinaire au contact de personnes adorables toutes reunies par l’envie de naviguer, il nous tarde de retourner sur l’eau dans les meilleures conditions. Nous décidons alors d’envoyer Lorraine en éclaireuse auprès des boss du circuit « Dit voir, mon beau marin, c’est quoi ta stratégie de course ? C’est quoi un fichier météo ? C’est quoi une dorsale, une dépression ? C’est grave ? je connais un bon psy ». De mon côté, je furète auprès des copains et je fais picoler notre futur entraineur du pôle France Voile de La Rochelle, l’adorable Jean Saucet. »Vous devez éviter la zone molle qui va se former au nord de la route. Allez plutôt vers l’Est au début. Faites gaffe aux effets de brise le long des cotes espagnoles, ça va mollir ! Tout est tellement incertain, pas la peine de s’éloigner de plus de 20-30 milles de la route directe, c’est juste du poker. Profiter des oscillations du vent pour être sur le bord rapprochant*. Armez-vous de patience les gars et surtout ne lachez rien » !Nous prenons donc le départ dans la pétole et les courants de la cote espagnole. Notre stratégie du départ tranquillou est la meilleure. Alors que le premier départ est annulé (rappel général), le 2e nous voit partir au contact de la flotte échaudée par la première tentative infructueuse. C’est alors parti pour une longue partie de prés, de virements, de lutte contre nous-même, notre impatience face à l’absence de vent et notre fatigue suite aux déplacements des poids du bateau (appelé matossage) soit prés de 100kg, obligatoire à chaque virement. Les débuts se passent bien. Nous évitons soigneusement la magnifique cote de Gallice, tout en tirant des bords vers l’Est, ce qui nous laisse au contact des meilleurs et des Pogo2 « Purée Lorraine, c’est trop ouf, les proto sont à quelques milles de nous 5h après le début ». Le soleil se couche et allume la cote d’un orange chaud et rassurant, nos amis les dauphins jouent avec les glouglous de l’eau qui bleuit dans nos safrans à mesure que nous prenons le large.

La première nuit est douce, nos quarts sont plus réguliers, le vent est frais et peu fort 10 noeuds. Nous constatons que notre vie à bord est bien rodée. Un coup de chapeau à Lorraine qui pour sa première a su résister aux conditions de vie difficiles pendant plus de 6 jours, sans balancer mes bottes aux odeurs spatiales, sans rechigner à matosser, sans faiblir. Un petit repas Lyophilisé qui fait chaud au cœur et nous partons pour 2 nuits et 2 journées reposantes.

Nous rencontrons une petite zone de pétole seulement le lendemain après-midi. Les coureurs sont tous à portée de radio VHF, ça change de la première étape. Nous constatons avec plaisir que nous sommes dans le milieu de la flotte. Nous n’aviosnrein lacher et suivi les conseils de Jean. Ca paye. Nous écoutons les autres ministes, les boss, 539 et autres 488 un peu déprimés alors que nous profitons de cette 2journée pour nous reposer, au soleil, sur le pont à regarder une eau bleue, en pensant aux vertigineux 5000m de fond ! Nous en profitons aussi pour faire des blaques sur radio calin pour rassurer nos amis déprimés. Ceci nous a valu à l’arrivée « ah c’est vous le fameux 219 qu’on entendait ttout le temps ! ».

Le deuxième jour est plus propice à la méditation et à l’apprentissage. Le temps est tjs beau, mais sans vent et nous nous reveillons seuls, avec l’horizon vide. Nous sommes derniers ? Lorraine coupe court à ma séance de sinistrose matinale et nous décidons de tirer des bords le long de la route directe sans nous éloigner de plus 6 milles de cette ligne droite. Ce ne fut pas le choix le plus heureux, les gens qui sont partis franchement vers l’Est sans se rapprocher de la route directe ont été plus rapides mais ceci nous a permis de constater que nous réglions de mieux en mieux notre bateau au prés, de mieux appréhender les oscillations du vent. Nous recnontrons aussi la seule fille à naviguer en solitaire, Elise Bakhoum du 548. Quel cran ! Malheureusement, la pauvre se croit dernière et a le moral dans les chaussettes qui puent. Elle décide de nous suivre et essayons de lui redonner la gouache en lui transmettant la météo et qq blagues. C’est ça aussi l’esprit mini !

En tout cas, bien nous a pris. La 3e nuit fut pour nous et pour elle le début de la torture psychologique. Elle commença par un orage. Un magnifique spectacle électrique, des lumières partout, le pluie battante et la peur de voir notre électronique grillée en un éclair.  » Julien, qu’est qu’on fout ici ?? – On est en vacances, Lorraine » Le vent passe de 0 à 25 knts. Il tourne Nord, puis Est puis Sud Est et revient Nord Est. La mer est hachée, mauvaise, les hauts fonds déforment la houle. Il est loin le temps où nous observions le plancton gascon sous le soleil. Le matin suivant est particulièrement difficile. Nous avons peu dormi. La pétole dans le sillage de l’orage me tape sur les nerfs. Je deviens comme hamster fou qui court dans la cage de 6,5m de long. Je tire sur toutes les cordes, je hisse, j’affale, je veux mettre le spi, pour profiter d’un risée ridicule. Autant je reste flegmatique dans les conditions sévères, autant l’absence de vent ne me laisse pas de marbre. Lorraine est mon inverse dans cette situation, c’est parfait, je la laisse barrer pour me reposer. Et miracle, le vent revient. Malheureusement, nous traversons des bulles de pétole que certains copains plus éloignés ont la chance d’éviter. Elise qui est restée à notre contact 24h, nous a pris 5milles. Nous choisisons de nous mettre sur l’axe des averses orageuses. pour profiter du vent. Malheureusement ces averses sont des bulles sans vent, où la pluie tombe en trombe. La vision d’une mer d’huile, troublée par les gouttes et le courant de marée (nous sommes à 30 milles des cotes) est magnifique et inédite. Nous nous voyons notre heure d’arrivée reculer. Soudain, le vent tourne nord et devient régulier. Mariole prend de la vitesse, durablement ! Les milles défilent, la cote apparait. La fin est proche  » ça sent l’écurie, et pas seulement dans tes bottes ».

L’arrivée se fait de nuit, mes parents sont sur le ponton pour nous féliciter. La sensation est délicieuse, le défi est relevé. Nous avons traversé le Golfe, alors qu’il y a qq mois nous savions à peine manoeuvrer. Nous finissons avant-dernier mais avec la sensation d’avoir beaucoup appris, sans être ridicule d’en avoir pris plein les yeux et plein la tête ! La remise des prix est une grande fête empreinte de nostalgie, triste de quitter notre colo pour adulte. Les mauvais souvenirs de la pétole sont vites effacés et ne demeure que l’envie de renaviguer.

Il est un peu tôt pour tirer toutes les conclusions de cette première saison.Mais je peux dire que j’ai vécu des moments forts, très forts. Des émotions comme rarement j’en ai ressenties, tout ça au contact de cet élément marin mystérieux, encore si éloigné de nous. Lorraine ne me contre dirait pas. Comment d’une discussion avec Julie, lors d’un concert à l’Eglise Saint Marcel, d’un diner à Chatelet avec le grand Matt et d’une discussion impromptue dans un resto thai « ça te dirait de faire du bateau ? Ah ouais, grave » on en est arrivé là. Je me souviens encore de la mise au point de mon projet, au téléphone, fébrile, en train de manger des huitres délicieuses.

Tout ça, je pourrais encore en parler, mais rassurez-vous fini les spams, nous allons monter un petit blog/site, car maintenant est venu le temps de parler de tout ça et d’appater nos gentilles entreprises pour financer ce projet de transat en 2013 et la saison 2012.

Merci en tout cas pour vos petits mots, merci d’avoir été des oreilles attentives dans ces premiers moments pas toujours faciles et rendez-vous très bientôt, pour de nouvelles aventures, pourquoi pas sur Mariole, si vous souhaitez passer à La rochelle ou nous aider à convoyer notre monture.

* Concernant le bord rapprochant je copie-colle l’explication d’Arnaud Gentien, qui fait un podium avec Julien Pulvé sur le fier 488 pour sa première course. Bravo les gars !

Mais qu’est-ce donc que le bord rapprochant? Nous allons pile dans la direction d’où vient le vent. Mais près oblige, nous avancons à 50° de cette direction, pour avoir nos voiles suffisamment gonflées. Régulièrement, il faut donc virer pour recroiser la route directe. L’écart de trajectoire entre deux bords est donc d’environ 100°.
 
Sauf… que le vent n’est pas toujours régulier. Et qu’il oscille autour de sa direction principale. Si donc il prend 20° à droite, il vaut mieux se mettre en Tribord amure, l’angle par rapport à la route directe se limitant alors à 50-20=30°, ce qui permet de parcourir moins de chemin.
 
Le jeu est donc de suivre les variations du vent en virant à chaque rotation franche, afin de parcourir le moins de chemin possible… Facile à dire mais épuisant, car à chaque virement, il faut transférer tous les poids à l’intérieur du bateau d’un bord sur l’autre, soit environ 100 kilos, pendant que le bateau tape et que l’équilibre est plus que précaire. Un vrai parcours de santé 🙂
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